Beekant

Publié le par Jos Tontlinger

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Le réel de l'ironie

Publié le par Jos Tontlinger

Sur les photographies de Jos Tontlinger

par Emmanuel Bing

Je te dis : regarde, et vois ! Noir, et noir dans le noir. À peine le fantôme d’un gris. Le lieu, Tour et Taxis, à Bruxelles. Moquette grise noire murs blancs modules anthracite. Noirs et noir.

Cadres suspendus dans les modules gris.

Ce sont les photographies. Ici quelque chose enfin se montre. Photographies, celles d’un premier regard. Terriblement classique. D’abord terriblement classique. Un piqué effarant. Leïca. Photographies 24x36 cm. Une lubie, confie le photographe. Rappel de l’ancien 24x36 de l’argentique, créé avec le Leïca.

Tout d’abord il n’y a rien, que ce premier regard terrible noir dans le noir qui ne veut plus laisser passer les fantômes du gris. Mais ceux-là tout de même passent. Imperceptibles. Ils passent dès lors, ils sont cette ironie même dont se soutient le regard du photographe. Comme une écriture du Réel qui là viendrait vous dire, de ces lieux désertiques, qu’ils sont habités, habités de sens, de ce qui nous empoigne, spectateurs, de ce pavé esseulé dans le no-man’s land au premier plan de ciment gris, devant l’immeuble. L’ire honnie, ne reste que le rire. On n’y voit rien de ce qu’il y aurait tant à voir. Un tout, là, ici, pourtant immédiatement présent à l’œil, comme à la mémoire. Ce qu’il sollicite, alors, c’est moi ; je suis là dans ce décalage grinçant où la photographie me fait percevoir ma propre claudication, insensée, signifiante.

Alors merci, Jos Tontlinger, pour ces photographies en profondeur de champ, où se joue l’ironie d’un regard dans la monstration pudique d’un Réel dissonant radicalement insaisissable.

Ce que l’on voit : murs. Murs écrits. Centrale électrique. Murs. Grands immeubles, gonflés de leur propre gigantisme froid et lisse. Murs anciens, lépreux, fatigués. Murs troués de sens. Bardés de fer. Troués de vitres. Insolemment au milieu d’une savane, quelques zèbres. Une jungle. Sur deux panneaux, la centrale électrique, à gaz, sous un pur ciel bleu, en dessous repris dans le noir du noir. Allusion pudique. Jeu d’enfant, sauter le mur écrit, voir et voir encore. Savoir. Ça voir.

Un ensemble de photographies plus récentes, magnifiques elles aussi, tournent en boucle sur un écran, accompagnées de la musique de Dead Can Danse. Beaucoup de monde, de voix, de visages, de paroles dites et inter dites. Des petites filles joyeuses parcourent le sol.

Emmanuel Bing - Avril 2011

 

Entrée

Publié le par Jos Tontlinger

Les discours sur l’image sont légion, hors limite, et n’épuisent pas l’impossibilité perpétuelle d’en saisir quelque chose d’arrêté. Et si on posait qu’une image – et surtout une photographie – est et n’est pas une image ? On produit tout simplement déjà de l’ironie. Et justement. L’ironie désigne un décalage entre le discours et la réalité, entre deux réalités ou plus généralement entre deux perspectives qui produit de l'incongruité. Défini ainsi, l’ironie concerne couramment les échanges verbaux entre personnes, mais par extension n’y verrait-on pas aussi le rapport entre l’individu et son environnement par exemple ; environnement qui, en se montrant à la personne lui « parle » par image interposée. L’ironie de cette « monstration » pouvant être produite par le fait que ce qui est vu ou montré diffère de ce qui est signifié. L’ironie est un discours non-littéral permettant ainsi à exprimer simultanément plusieurs significations, mais ce qui distingue l’ironie de l’ambivalence ou de la moquerie, c’est peut-être le fait que le réel à l’état brut ne saurait être qu’ironique puisque échappant à toute symbolisation et devant donc se montrer autrement qu’il ne l’est, devant se trouver d’autres représentants. Le Réel semble pouvoir être le prototype même de l’ironie. Le titre « paysages ironiques » valant comme fil conducteur de mes travaux photographiques cherche à traduire cela. Ce qui est montré n’est pas ce qui est, tout aussi réaliste ou banal que cela apparaisse. Ce qui est montré n’est pas l’objet vu, mais le paysage intérieur qu’il signifie. L’environnement urbain est multiple, intérieur et concentrique ramenant à l’individu qui le regarde. Ces paysages urbains et ironiques ne sont finalement que des portraits humains qui décrivent les individus non pas en vision directe mais à travers ce qui est façonné par lui et ce avec quoi il est en interaction. L’ironie est là sans doute aussi : rien ne signifie en soi, mais seulement par une interprétation de celui qui y est attentif. Dans ce sens, l’ironie semble propice à donner accès à d’autres paysages que ceux que l’on croit voir. J’essaye de prêter attention à l’ordinaire pouvant parfois être perçu de laid ou même d’hostile de prime abord, mais pouvant aussi ensuite se découvrir dans un registre profondément humain et finalement pacifiant.

Cet espace est encore en construction et ne montre qu’une petite partie des collections disponibles. Pour tout contact, veuillez me joindre directement via j.tontlinger@skynet.be

 

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Blurb

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